Gros braquets et pagaie groenlandaise

mars 26, 2009 10 Commentaires

Ou comment je suis passé d’une pagaie de type européenne à une pagaie d’inspiration traditionnelle.

Préambule

Quand j’étais adolescent je faisais du vélo en compétition, c’était du vélo de route bien entendu, le VTT étant à peine né.
Pendant les entrainements, mon entraineur me conseillait alors de rouler un maximum en petit plateau grand pignon. Ça faisait mouliner les jambes, il parait que c’était très bon pour le cÅ“ur, à tel point qu’on appelait ça du cardio.
pédalierNous les petits quinquins* à vélo n’étions pas les seuls à faire du cardio, les pros bardés de publicités croisés au détours d’un route de campagne avaient aussi les pieds qui tournaient à une allure folle autour du moyeu de leur pédalier.
A cette époque les articles de Miroir du Cyclisme (Oui c’est pas d’hier) s’extasiaient sur les braquets tenus par Bernard Hinault en montagne. Mon entraineur ne voyait pas ça d’un bon Å“il et nous déconseillaient* cette inflation du braquet en nous prédisant tendinites, crampes et perte de tonus musculaire.

Ce conseil m’est revenu ce week-end après cinq heures de pagaie au sortir d’une tendinite. J’avais encore une patate d’enfer et je serais bien reparti pour autant. Et tout ça grâce à quoi?
Grâce à ma pagaie groenlandaise* bien entendu !

Les débuts

Ayant commencé le kayak en autodidacte à une époque ou il était difficile de trouver de l’info sur internet, je me suis fait conseiller par un vendeur pour l’achat de ma première pagaie. Je me suis donc retrouvé avec une Nordkapp (enfin une copie de chez RTM) qui m’a donné toute satisfaction pendant longtemps.
De bons appuis, une bonne puissance qui convenait bien à mon pagayage énergique, pas trop lourde (1230g), solide, c’est une bonne pagaie à tout faire.
Cependant, ayant du mal à doser mon effort, il m’est souvent arrivé de trouver cette pagaie un peu dure à tirer après quelques heures en mer.

Pagaie groenlandaise traditionnelle en boisVoilà les principales caractéristiques d’une pagaie européenne:
Elle est dite croisée, c’est à dire que l’angle des pales est décalé d’un peu moins de 90°
Cet angle permet à la pale aérienne d’être horizontale pour ne pas prendre le vent quand la pale immergée est verticale. Cela oblige le poignet à faire un quart de tour à chaque coup de pagaie.
La taille de la pale diffère suivant l’usage. Les pales de rivière sont courtes et larges pour plus du puissance, celles de randonnée nautique sont plus longues et plus étroites pour un pagayage dans la durée.

Le doute

Intéressé par la culture Inuit et les kayaks traditionnels, j’ai regardé avec intérêt ce pagayage différent réalisé avec un morceau de bois très effilé. J’ai aussi du poser les questions classiques auxquelles je me retrouve si souvent confronté maintenant.
« Mais c’est tellement fin que ça ne doit pas faire avancer »
« On ne doit pas avoir d’appuis avec ça »
et pourtant …

Quand je me suis mis à la construction de mon kayak en bois et toile, je me suis aussitôt taillé une pagaie pour tester les esquimautages traditionnels en piscine.

Première leçon:

  • La pagaie droite, permet d’avoir un appui direct sans avoir à calculer son angle pour le geste de l’esquimautage.
  • La pale étroite, calculée sur la taille de la main, permet de décaler facilement ses mains le long de la pagaie pour avoir un bras de levier maximal.
  • La flottabilité du bois permet d’avoir un appui amélioré.

Ces qualités m’ont permise d’acquérir un esquimautage « utilitaire » plus souple, plus instinctif et donc beaucoup plus efficace et sécuritaire qu’avec une pagaie européenne.

La conversion

Elle tient à plusieurs choses

  • Mes obligations familiales m’empêchent de pratiquer le kayak autant que je le voudrais. Il faudrait que je demande à mon patron un double week-end pour avoir un entrainement correct au pagayage
  • En Bretagne il fait toujours beau, c’est bien connu mais il y a du vent et comme par hasard souvent dans le nez. Ça ne simplifie pas le coup de pagaie.
  • Ma fille grandit et elle prend du poids, on ne peu pas lui reprocher. En plus elle adore venir dans mes bras et un papa costaud ne peut pas lui refuser ça. C’est comme ça que la papa a choppé une tendinite à l’épaule.

Voilà plusieurs bonnes raisons de trouver ma pagaie européenne trop puissante, trop lourde à tirer. Marre d’en avoir plein les pattes au bout de deux ou trois heures!

tradLa pagaie de secours devient donc pagaie principale.
Pour fêter l’évènement elle a droit à un nouveau petit coup d’huile dure pour la protéger.
Premier test-match : les remous de la pointe des espagnols.
Quand la rade de Brest se vide par gros coef, ça brasse dur dans ce coin là et on a même droit à des vagues statiques. Pas de soucis pour les appuis dans ces conditions extrêmes et en cas de retournement intempestif, j’ai toute confiance en mon esquimautage, même chargé, même fatigué.

Deuxième test-match : La rando sur deux jours
Entre molène et le continent, dans le vent et le courant la pagaie trad a fait merveille.
Elle m’a permi de tenir la cadence auprès des gros bras, pagaie cuillère tenues par des compétiteurs et kayaks doubles avec des kayakistes expérimentés.
Elle m’a permis des accélérations dont je n’aurait pas été capable avec une pagaie plus puissante. Il suffit de pagayer plus vite, ça reste facile et on accélère.
La cerise sur le gateau est de ne pas avoir mal à l’épaule le lendemain !

Conclusion

Je ne cherche pas à vous convertir à la pagaie groenlandaise car la technique de pagayage diffère quand même de celle d’une pagaie européenne. J’ai mis un an à m’y familiariser, particulièrement dans les conditions de mer difficiles.
Mais si vous trouvez votre pagaie trop lourde, trop difficile à tirer, si vous avez des problèmes d’articulation, ça vaut la peine d’essayer

*
1-Je rappelle que je suis originaire du Nord de la France
2-Le gros braquet (relatif) était autorisé en compétition uniquement
3-Pour ne pas choquer les puriste, ma pagaie n’est que « d’inspiration groenlandaise »

Kayak-traditionnel, Pagaie, Technique de Pagaie
10 Commentaires pour “Gros braquets et pagaie groenlandaise”
  1. Philippe dit :

    presque que le même parcours indirect.
    Une Norkapp pour débuter c’est trop , mon on m’avait conseillé l’Archipelago.

  2. Michel F dit :

    salut Oli, moi le hasard a voulu que je débute avec ce type de pagaie et ne pratiquant pas « tous les 4 matins » j’en apprécie, d’autant plus, à chaque fois ses qualités.

  3. Jean-Yves dit :

    Bonjour,
    je suis interessé par la construction d’un kayak bois en cousu collé. Les plans « libres » que j’ai pu trouver me semblent insuffisamment précis.

    Auriez-vous conservé ou possèderiez-vous le développé des plans en mesures métrique (quelle exigence).
    J’ai beaucoup apprécié vos photos car je suis né à Brest et est vécu une partie de ma jeunesse en presqu’ile de Crozon où j’ai pas mal navigué. C’est vous dire si j’ai reconnu les coins.

    Après avoir navigué sur un Skyros, j’ai construit un petit voile-aviron et je construis actuellement un canoe. La prochaine étape sera donc un Kayak de mer.

    Je trouve le votre trés beau.

    Cordialement,

    JY Riou

  4. Oli dit :

    Bonjour Jean-Yves, merci pour ton commentaire.
    Je n’ai pas de cotes métriques car mon bois et toile utilise un procédé « morphologique ».
    Pour la construction en cousu collé, je te conseille l’achat de plan. Tu auras ainsi un plan plus abouti que les modèles gratuits que l’on peu trouver. En plus, le cout n’augemente pas beaucoup le prix final.
    Tu trouveras tous les conseils possibles dans la section construction du forum kayakdemer.eu
    amicalement

  5. Erwan le Menn dit :

    bonjour,
    j’ai construit une embarcation sur le principe bois & toile, mais arrivé à l’entoilage, je ne sais que choisir et ou acheter la toile. Faut-il la tendre fortement ou se tend-t-elle avec la peinture ou l’humidité? Quelle peinture utiliser?
    merci
    Erwan

  6. mougin dit :

    super la comparaison avec le velo et en plus très vrai.

    Veux tu que je te mette en lien sur mon blog

    lionel

  7. Oli dit :

    Erwan, la toile doit être tendue à bloc, il vaut mieux être 2 ou 3 pour cette opération délicate.
    Pose ta question sur le forum construction de http://www.kayakdemer.eu pour plus d’infos.
    Lionel, ok par de problèmes pour le lien, j’en mettrai un aussi vers ton blog

  8. mougin dit :

    quel est le bois utilisé chez pour construire une pagaie groenlandaise .
    Tu parles de flottabilité je pense donc peuplier .

  9. Bernard dit :

    Trop biau ! Pour chez t’iots toudis in trin d’braire !!!

    Refrain
    « Dors, min p’tit quinquin
    Min p’tit pouchin
    Min gros rojin !
    Te m’feras du chagrin
    Si te n’dors point j’qu’à d’main. »

    Ainsi l’aut’ jour eun’ pauvr’ dintellière
    In amiclotant sin p’tit garchon
    Qui, d’puis tros quarts d’heure, n’faijot que d’ braire
    Tâchot l’indormir par eun’ canchon.
    Ell’ li dijot : « Min Narcisse
    D’main t’aras du pain d’épice,
    Du chuc à gogo
    Si t’es sache et qu’ te fais dodo.

    Et si te m’laich’ faire eun’ bonn’ semaine
    J’irai dégager tin biau sarrau
    Tin patalon d’drap, tin giliet d’laine,
    Comme un p’tit milord, te s’ras faraud !
    J’ t’acat’rai, l’jour d’la ducasse
    Un porichinell’ cocasse
    Un turlututu
    Pour juer l’air du Capiau-pointu

    Nous irons dins l’cour Jeannette-à-Vaques,
    Vir les marionnettes comme te riras
    Quind t’intindras dire un doup’ pou Jacques !
    Par l’porichinelle qui parle magas
    Te li mettras dins s’menotte,
    Au lieu d’doupe un rond d’carrotte
    Il t’dira merci
    Pins’ comme nous arons du plaisi !

    Et si par hazard sin maîte eus’fâche,
    Ch’est alors Narciss’ que nous rirons
    Sans n’avoir invie, j’prindrai m’n'air mache,
    J’li dirai sin nom et ses surnoms
    J’li dirai des fariboles,
    I m’in répondra des drôles
    Infin, unchacun
    Verra deux spectac’ au lieu d’un

    Alors serr’ tes yeux, dors min bonhomme,
    J’vas dire eun’prière à p’tit Jésus,
    Pou qu’i vienne ichi, pindint tin somme,
    T’faire rêver qu’j'ai les mains plein’s d’écus,
    Pou qu’i t’apporte eune coquille,
    Avec du chirop qui guille
    Tout l’long d’tin minton
    Te pourlèqu’ras tros heur’s du long

    L’mos qui vient, d’Saint-Nicolas ch’est l’fête,
    Pour sûr au soir i viendra t’trouver
    I t’f'ra un sermon et t’laich’ra mette,
    In-d’sous du ballot un grand painier
    I l’rimplira si t’es sach’,
    D’sait-quoi qui t’rindront bénache
    Sans cha sin baudet
    T’invoira un grand martinet

    Ni les marionnettes, ni l’pain d’épice,
    N’ont produit d’effet ; mais l’martinet
    A vite rappajé eul’p'tit Narcisse,
    Qui craignot d’vir arriver l’baudet
    Il a dit s’canchon-dormoire,
    S’mère l’a mis dins s’n'ochennoire
    A r’pris sin coussin,
    Et répété vingt fos ch’refrain

  10. Bonjour Oli,
    Habitué à « ma pagaie de compèt », je n’ai jamais essayé une pagaie droite traditionnel.
    Je prépare mes trois mois de navigation « Cap Nord / Bodo » et me pose la question d’emporter une bonne vieille pagaie droite.
    Le tout est déja d’en essayer une et de l’adopter.
    Peux-tu me conseiller à ce niveau?
    Est-elle à construire?
    De même, un bois et toile revient souvent dans mes rêves, j’espère bientôt participer à un stage de construction.
    « Vent d’Ouest » (kayak tradi en contreplaqué – technique du cousu-collé) avance bien. Ses formes sont sympa, il sera terminé avant cet été.

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