Evasion de Cap Nord à Bodo en kayak de mer par Laurent Jeandel – Interview

septembre 15, 2009 Pas de commentaires

Laurent Jeandel - Cap Nord à Bodo en kayak de merJe ne sais plus si c’est à cause de son blog, du mien, de facebook ou de kayakdemer.eu que j’ai rencontré Laurent Jeandel et son projet d’évasion (le mot est important) en kayak de mer du Cap Nord à Narvik (Bodo) en Norvège. Toujours est-il que je suis tombé sous le charme du projet et du personnage. Loin des expéditions musclées à l’anglaise, Laurent cherche simplement à se promener, à découvrir, à s’émouvoir et à nous le faire partager. Je lui ai donc posé quelques questions auxquelles il a eu la gentillesse de répondre.

1200 km en trois mois, ça fait une petite moyenne journalière, as-tu des projets à terre qui vont prendre du temps ?
Oui, les jours de mauvaises conditions de mer (quoiqu’en cette saison la météo est assez clémente), les marées de fort coefficient et surtout mes bivouacs seront l’occasion de randonnées sur les iles avec de nombreux sommets. Je ne parle pas d’alpinisme mais bien de randonnées.
Encore une fois ce périple, comme aime le dire le journaliste de la Voix du Nord, n’est ni un défi ni une course. Je consacre 3 mois de ma vie à “déambuler” en kayak et à pied dans une région aux paysages assez fantastiques. Ce côté fantastique étant renforcé par les conditions de lumière, à cette époque le soleil ne descend pas plus bas que l’horizon.
Il est vrai que je pourrais doubler la distance, mais avaler des kilomètres n’est pas le but.
Je ne l’appelle pas périple, mais bien évasion.

Tu as choisi un Belouga Pelikan de chez Plasmor comme kayak pour ton expédition.
Pourquoi ce choix alors que ton niveau technique t’autorise à utiliser un autre kayak ?

Parce que j’aime bien ce bateau. Pour la rapidité et les sensations, j’ai le mien actuel. La carène du Bélouga est rassurante même avec ses tendances à coller dans le clapot et puis on en met quand même pas mal dedans.
A part certains passages en courant de marée, la navigation est relativement pépère et le bélouga est pépère…
Je navigue l’année en “flux tendu”. Je recherche la vitesse, les conditions de courant pour aller vite et “faire chanter” le kayak en très peu de temps. Ce temps libre, je le partage comme tout à chacun entre ma famille, mes enfants, les travaux dans la maison et le kayak.
C’est le danger de pratiquer un “défouloir” comme fusible ultra utile, après on ne sait plus naviguer “pépère”.
Ces trois mois sont bien représentatifs de mon état d’esprit, donc du choix du bateau. En d’autres termes : je veux prendre mon temps, celui du visa touristique.

Tu es architecte naval et tu construits actuellement un kayak en cousu collé, pourquoi ne pas avoir construit ton bateau d’expé?
J’ai vraiment mal tourné ces dernières années, les aléas de la vie, le fait un moment de devoir absolument trouver un travail (j’ai arrêté d’exercer en pleine crise du nautisme, je travaillais dans un chantier spécialisé dans la construction bois traditionnelle de grosses unités, ce chantier a fermé. Je n’ai retrouvé qu’en aménagement intérieur (bateau style camping car…).
Après, c’est une histoire d’opportunité, de priorité et « d’urgence », j’ai orienté mon projet professionnel différemment tout en gardant un pied dans la profession, ma passion.
A l’heure actuelle : des regrets.
Je viens d’arrêter 6 années de travail sur Lille en tant que responsable du développement social en poste territorial, (j’ai négocié un licenciement car c’était très dur, je parle bien de survie psychique et morale…).

Concernant la construction d’un gros porteur pour mon voyage j’y ai pensé, j’ai même plusieurs dessins. Mais j’ai préféré (par paresse) acheter un tout fait… et construire un kayak plus ludique pour le reste du temps.
Le Bélouga Pélikan est le premier kayak que j’achète, tous les autres, je les ai construits.

Celui avec lequel je navigue le plus, est à la base un Guillard, il pourrissait dans un club. C’est vrai que pour certains clubs, une fois les subventions dans les caisses, le matériel ne compte pas, il pourrit dans un coin.
Celui-ci a été construit en 1987, il est resté 10 ans dehors. Je l’ai entièrement refait, re-caréné (découpe des plats-bords, carène plus ronde, étroite, étrave re-dessiné: il est vraiment rapide avec une excellente glisse)
A l’origine il pesait 22kg, après modifications, il pèse 16 kg, je l’utilise en tous temps avec une confiance absolue en pleine mer.

J’ai tendance à considérer mes kayaks comme des individus, avec respect. Je n’ai d’ailleurs jamais revendu un kayak.

Tu as fait en 96 un tour d’Irlande puis un tour de Bretagne en kayak. Ce n’étais pas courant à l’époque, pourrais tu raconter (même brièvement) ces expés ?
A l’époque, à part mon entourage, il n’y a pas eu de pub. Mais ici j’ai voulu être candidat à des bourses de l’aventure et j’ai contacté des équipementiers, d’où ces articles de journaux.

Ces voyages étaient toujours dans le même esprit, celui de pouvoir s’offrir une évasion du quotidien, avec les moyens du bord…
Pour ce tour Irlande avec des arrêts chez des amis, c’était un vagabondage rigolo (je me suis fait arrêté, on m’avait pris pour un membre de l’IRA, un passeur…. en kayak ).
C’est avec un kayak en toile style Nautiraid (un Saylorcap) que l’on m’a prêté, que j’ai fait ce tour d’Irlande, je crois que ce sont des kayaks utilisés à l’époque par les commandos de marine.

Le tour de Bretagne avec un copain, délire de plusieurs semaines… des bivouacs sur des cailloux, des rencontres avec des plaisanciers.
Les kayaks de mer, à l’époque n’étaient pas trop conçus pour la randonnée sur plusieurs jours, à part les Nautiraid.
Pour le tour de Bretagne, nous avons construit un bi-place avec un ami aujourd’hui décédé. Une coque en bois moulé acajou, 6m50, avec un gréement, les jupes cousues mains.
Le fils de mon ami a gardé ce bateau, il navigue encore avec.

Tu navigues régulièrement en mer du Nord. Navigues tu seul? As tu envie de naviguer en groupe?
Bien sur, mais il n’y pas beaucoup de kayakiste dans mon coin, tout au moins passionnés. Il est vrai que les conditions de navigation sont assez rudes et les jours de pétole sont rares.
Il y a seulement quelques kayakistes à la belle saison (Belges et Hollandais). Je suis donc relativement isolé question navigation.
Par contre, je rencontre beaucoup de monde en mer, pêcheurs, AF…. la solitude n’existe pas. Je ne peux faire une sortie sans voir un pêcheur qui met le cap sur moi (un coup de rouge pour la route?). C’est génial, tout le monde connait mon kayak blanc.

Ya t il des points de ton parcours Cap Nord / Bodo desquels tu te méfies particulièrement?
Oui, à part la météo et les surprises en mer, certains passages sont délicats avec les vidages de fjord, le maelstrom n’est pas qu’une légende, un annuaire des marées reste bien utile. La navigation dans l’ensemble est assez tranquille et abritée.
Seule les façades ouest océans peuvent, suivant la météo et le vent dominant rester délicates.
Le tout reste dans la « sagesse », c’est-à-dire savoir où passer et quand. Savoir attendre, prendre des options de parcours.
Le contour du Cap Nord est assez délicat avec le courant, dès le départ.
Le premier jour de navigation pour arriver à Hammerfest sera un des plus dur car il n’y a pas plusieurs options de passage, à part éviter le Cap Nord mais ça serait fort dommage.

Ya t il une transcription prévue, article, livre, vidéo, blog … ?
Oui, d’où le matériel photo/vidéo,
Article : peut-être
Livre : en projet, récit de navigation sur ce parcours et d’autres… Je suis en contact avec des éditeurs, qui attendent, pour voir… et moi aussi!
Vidéo : oui, un documentaire est en projet (j’ai le cahier des charges)
Blog : le blog actuel à enrichir, compléter et faire évoluer.
Je suis un passionné d’images, de photos, d’ambiances. Mais entre le sérieux d’une passion et l’édition d’un livre, voire un documentaire digne de ce nom, il y a un pas. Je garde encore aujourd’hui des réserves.

Laurent a un blog dans lequel il publie son activité nature, surtout du kayak avec ses sorties, la construction d’Hungalak un kayak en cousu/collé d’inspiration traditionnelle et la préparation de son voyage. Ce blog à l’écriture soignée est une lecture obligatoire pour les passionnés de kayak de mer.
Voilà par exemple la description du parcours de son évasion.

PS: Laurent cherche un moyen pas trop onéreux pour transporter son matériel au Cap Nord. Si vous avez un tuyau, laissez un commentaire sur cet article.
Merci pour lui

Expédition - Rando, Kayak de mer

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