Essai du Greenland de Tahé Marine
juin 29, 2009 4 Commentaires
Un essai de 5 mn sur eau plate m’avais déjà enthousiasmé.
Mais là , pour cet essai d’une petite heure avec un peu de clapot et ma pagaie groenlandaise, ça touche au sublime.
J’ai eu trois grandes émotions nautiques, la découverte de la voile sur habitable, la découverte du kayak de mer et maintenant celle du Greenland, plus largement celle d’une forme de kayak d’inspiration traditionnelle très directe.
Ceux qui suivent ce blog peuvent êtres étonnés car j’ai construit pendant l’hiver 2008 un cargit, kayak en bois et toile de la cote Est du Groenland dont la forme est assez proche de celle du Greenland.
Oui, mais les erreurs de cette première construction en bois et toile ont donné un kayak dont la forme de carène a très peu à voir avec la forme originelle. La coque avec un V très prononcé donne une stabilité primaire très faible et une stabilité secondaire à peine meilleure. Même avec un peu d’habitude, je n’ai jamais réussi à tenir correctement sur ce kayak, ayant même eu quelques frayeurs.
Le confort intérieur très relatif avec les serres de bouchain rentrant dans les os des hanches, les calle-pieds anguleux me rendant les pieds et jambes insensibles au bout de cinq minutes, l’assise profonde avec un barreaux de pont en guise de dossier interdisant de s’allonger vers l’arrière, autant dire que mes velléités d’entrainement aux esquimatages groenlandais étais tués dans l’Å“uf.
En bref, naviguer sur mon cargit est un supplice. Je le sais, j’ai encore navigué avec jeudi dernier. Ce n’est pas facile de faire un tel aveux après un investissement de cet ordre. Je n’ai pas de regrets car la construction était une belle aventure aussi bien technique qu’amicale mais il faut bien reconnaitre que le résultat n’est absolument pas à la hauteur de mes attentes.
Revenons en au donc au Greenland que Pascal a eu la gentillesses de me prêter.
Découverte
La forme générale est très tendue, la coque est étroite (50 cm) et le pont très bas, seules les trappes et la ligne de vie laissent penser qu’il ne sort pas directement d’un atelier groenlandais construisant des kayaks pour le championnat national.
Il est léger 17-18kg, ce qui permet de le charger facilement sur sa voiture et de le porter sur l’épaule jusqu’à la plage.
Son fit (comme disent les anglais), son confort et son ajustement sont parfaits, surtout avec le bloc de mousse ajouté sous le pont par Pascal qui cale les genoux au plus juste.
Navigation
Même sur cette plage de sable fin, je décide de rentrer dans le kayak sur l’eau, en appui sur la pagaie. C’est juste, mais les jambes passent sans soucis à condition de bien les tendre. On se sent immédiatement parfaitement calé. Le kayak est tellement bas que j’embarque un peu d’eau le temps de mettre la jupe autour de l’hiloire modèle large, 40x57cm. Ce qui n’est pas bien grand quand même.
La stabilité primaire n’est pas mauvaise même si avec une coque de 50 cm de large il ne faut pas s’attendre à des miracles. Je teste aussitôt les appuis latéraux et enchaine un esquimautage. Le pont très bas bonne la possibilité de s’allonger complètement sur l’arrière, ça rend l’esquimautage en latéral très facile. C’est un kayak qui esquimaute à coup sur, à condition bien sur d’avoir un peu de pratique. C’est parti vers le large accompagné de Pascal qui lui teste mon Return. Petit speed-test ou je prend facilement le dessus sur Pascal, qui mène pourtant avec puissance mon Return qui est lui aussi assez rapide.
En forçant sur la pagaie, je n’ai pas de problèmes de stabilité sur ce Greenland qui perce le petit clapot qui se forme devant le fort de Berthaume. Le pont est souvent immergé, la jupe a intérêt à être bien ajustée. Je sens aussi que le kayak vit, sa construction en fibre garde une certaine souplesse.
Au retour avec des petites vagues de l’arrière, je teste le surf et j’ai souvent tendance à virer à presque 90°. Pas facile de bien sentir un kayak que l’on essaie (presque) pour la première foi. Une meilleure direction de ma part ou un peu de dérive auraient pu permettre de surfer droit.
Je n’ai pas de grosses surprises avec la stabilité mais je confirme que ce n’est pas un kayak de débutant. La moindre erreur est payée par un besoin d’appui franc, voire un par un chavirage.
Arrivé en proximité de la plage, je teste tous les esquimautages trad travaillés voilà plus d’un an en piscine. Je suis un peu rouillé mais ils ne passent pas trop mal, c’est vrai que le Greenland parait être fait pour ça.
Il mesure 5m45 mais il tourne tout seul, même sans giter beaucoup. Une circulaire bien appuyée et hop on à tourné de 45 °. Il est très maniable et comme il est équipé d’une dérive de belle taille avec commande à coté du cockpit, il devrait garder son cap sans soucis. Le très faible vent de dimanche ne m’a pas permis de voir son comportement au vent. Comme il est très bas sur l’eau et qu’il a une dérive, ça ne devrait pas poser de problèmes. Pascal confirme d’ailleurs qu’il a très rarement besoin d’utiliser sa dérive.
Construction
Sa construction classique en verre/polyester est légère et quand on appuie avec la main sur le pont celui ci s’enfonce (je n’ai pas essayé sur la coque). Cela surprend quand on est habitué à la construction robuste des kayaks de randonnée mais à la réflexion, un kayak en bois et toile n’est pas plus solide pour un poids équivalent et ce genre de kayak « journée » n’est pas destiné à naviguer et à être manutentionné très chargé. Sa construction légère, même si elle choque beaucoup de monde n’est pas pour moi un handicap, elle correspond au programme du bateau.
J’aurais bien sur préféré une construction dernier cri en infusion comme pour les Tiderace mais le prix n’aurait pas été le même.
L’accastillage de pont est simple, certains lui reprochent des lignes de vie qui ne vont pas jusqu’aux pointes, l’absence de cadène de remorquage à l’avant et l’absence de poignées. Concernant, les poignées, je ne les trouve pas utiles. Grâce à ses formes élancées on porte très bien ce kayak par la coque. A mon avis, seul le manque d’un padeye à l’avant permettant de fixer un bout de remorquage est embêtant.
Le siège et le dossier remplissent parfaitement leur office, les cale-pieds sont de bonne qualité et Pascal me dit que les deux trappes kajaksport de 24 cm sont étanches.
Conclusion
Je reprendrait les mots de Yann Lemoine qui disait après son essai du Greenland, « C’est un bateau parfaitement adapté à son programme ».
C’est vrai que ce programme est restreint, jeu dans les vagues, surf modéré, vitesse, esquimautage. Sa charge maximale de 100kg et ses petits coffres l’empêchent de faire de la rando. Comme il est exigeant, on fatiguera assez vite en conditions engagées mais, à condition de maitriser son sujet, quel plaisir !
C’est un vrai régal pour les sens, une extension naturelle de notre corps en milieu marin, j’ai ressenti à son bord une véritable jubilation, celle à laquelle je m’attendais dans mon cargit.
Le prix est assez bas, grâce à la main d’Å“uvre Estonienne et au concept « léger » mais il faudra surveiller le vieillissement. Il est vendu en différents coloris, le noir et le gris sont très esthétiques mais il rendront les reprises de gelcoat très difficiles pour garder un bel aspect. En blanc il est aussi très beau et et les réparations seront invisibles.
Je suis donc enthousiasmé par ce Greenland qui va certainement aider à diffuser la pratique du kayak traditionel.
A ce propos, je pense quand même qu’il est préférable de construire soi-même son kayak en bois et toile. On peut avoir un kayak parfaitement adapté à sa morphologie et à un programme peut-être mois radical. Une construction en bois et toile coutera moins cher en argent, en impact carbone et ce sera l’occasion d’une formidable aventure humaine, surtout si vous le construisez en stage comme en propose Peuple Nomade.
Il est aussi possible de construire soi même en cousu-collé, stitch and glue, contreplaqué-epoxy (tout ça c’est kifkif) un plan qui ressemble fort au Greenland : le black pearl. Cousu-collé.com va aussi bientôt vous proposer son « Oie des neiges » en kit à construire soi-même, lui aussi adapté à votre morphologie.
A vous de voir …
Autres infos sur le Greenland:
Site du constructeur
Le site de l’importateur en France : Direct-sailing
Essai en piscine
Un autre essai avec esquimautages
Et encore un !
La (longue) discussion sur kayakdemer.eu avec beaucoup d’avis très intéressants donc celui de Pascal qui m’a prété son kayak pour l’essai. Merci Pascal !
Et pour finir voilà la magnifique vidéo d’esquimautages de Pierre-Dominique à bord de son Greenland (filmé par Pierres-Yves)
Constructeurs, Kayak de mer
superbe kayak en effet , esthetisme et technique reunies , niveau qualite mon reval s de tahe marine a maintenent 1an et demi et veillit tres bien malgre quelques blessures de navigations inevitables !
tahe je resigne de suite !
Oui mais la coque du Reval est plus épaisse. Justement dimanche, il y avait celui de Benoit, j’ai pu comparer un peu. Heureusement d’ailleurs, le Reval est plus orienté rando et c’est quand on porte les kayaks chargés de matos qu’ils souffrent le plus. Lors d’une rando avec le ponant, j’ai vu un kayak en fibre de construction amateur qui pesait 17 kg, super fin. Ca ne gênait pas la nana au contraire mais elle savait qu’il fallait qu’elle fasse attention au transport.
je confirme ses capacités a esquimauter ; après une tentative ratée de roulade (la pagaie m’ a échappé )ne voyant rien (la couleur de l’eau dans l’estuaire de la loire a une transparence perfectible) j’ai agité les bras un peu en panique en m’allongeant sur l’arrière et me suis retrouvé dans le bon sens !j’ ai fais celui qui avait fait exprès mais bon j’ ai pas tout maitrisé !
je dois encore progresser et ce kayak va m’y aider
bravo pour l’article …
Excellent billet… Ã l’image de ce blog.
EM