Déclin du kayak d’eau vive, le kayak de mer est il le prochain?

septembre 9, 2009 6 Commentaires

Je vous livre un compte-rendu de lectures en anglais de blogs et magazines sur l’évolution du kayak de mer et de rivière.

bottom-of-metlako-fallsUn article récent de Outside Online, webzine américain sur le sport nature faisait le constat suivant: Des exploits en kayak très médiatisés comme le record de hauteur de chute descendue battu par trois l’an dernier masquent une réalité moins souriante, les américains passent moitié moins de temps en kayak de rivière qu’au début de la décennie.

L’évolution de la pratique en eau vive sur la dernière décennie

A la fin des années 90, les fabricants ont sortis des modèles qui ont permis de nouvelles pratiques plus extrêmes comme le rodéo ou la descente de rivières jusque là inaccessibles. Devant le succès de ces nouvelles pratiques élitistes, les fabricants sont entrés dans un cycle ou il sortaient de nouveaux modèles tous les ans, de plus en plus chers.
Parallèlement les athlètes professionnels voient le montant de leurs appointements s’envoler. La fuite en avant s’arrête en 2002, année à partir de laquelle les ventes commencent à diminuer. A causes cette récessions, les fusions-acquisitions de marques de kayak d’eau vives sont nombreuses et propulsent à leur tête des dirigeants déconnectés de leur sport qui imposent des stratégies markéting reposant sur le loisir extrême. Cette dernière erreur accentue la chute des ventes et fait aboutir à la situation actuelle. Chez les kayakistes professionnels, devant le déclin de leur protour ils sont contraint de commercialiser des exploits individuels comme les records de hauteur.

Et ensuite, c’est le tour du kayak de mer?

C’est la question que se pose David H. Johnston sur son excellent blog Paddling Instructor
Comme la pratique populaire de la planche à voile dans les années 90, celle du kayak de mer va-t-elle tomber dans l’oubli?
Non et pour plusieurs raisons, le kayak de mer risque moins de tomber dans le « Hype », le fun dirait on plutôt en France. La pratique est plus ancienne, elle semble moins être un effet de mode à cause de ses pratiquants plus âgés.
Par contre l’offre en kayaks premier prix pourrait détourner un public nombreux.
Exemple à l’appui:
Imaginez Sue qui s’intéresse au kayak de mer, elle n’est pas riche et elle se laisse tenter par un de ces kayaks courts et larges vendus à bas prix dans la grande distribution. Tout se passe bien jusqu’au moment ou elle met son kayak à l’eau et elle n’est pas aussi heureuse qu’elle pensait. C’est quand même assez difficile de faire avancer un tel kayak, rien que pour traverser la baie, elle est épuisée.
Sue se dit qu’elle n’est vraiment pas assez costaude pour faire du kayak et elle retourne faire du bowling.
Cependant, la faute n’en revient pas à ses faibles bras mais bien au constructeur de kayaks bon marché qui ne sait pas les faire performants et au vendeur qui lui a conseillé.
Si nous ne communiquons sur la nécessite de faire des kayaks pas cher ET performants, on va finir par se demander pourquoi tout le monde fait du bowling.

La réponse d’un fabriquant , Richard de Point 65

sue en kayak de merRichard ne partage pas le point de vue cité ci-dessus, il répond sur son blog.
La planche à voile a commencé comme un sport populaire et a décliné au fur et à mesure que la technicité augmentait. Beaucoup de pratiquants ont abandonné quand les modèles de planche proposés obligeaient à faire ses départs en waterstart.
Le kayak de mer a fait une évolution inverse.
Les premiers pagayeurs barbus naviguaient avec des kayaks instables, coincés dans des cockpits étroits. Maintenant, les kayaks sont stables, les cockpits ne donnent plus un sentiment de claustrophobie.
Sue peut maintenant naviguer dans un kayak facile, performant, accueillant et sécurisant.
Les moniteurs et experts du kayak ont une responsabilité, les démonstrations d’esquimautage attirent un large public mais qui préfèrerait mourir que de s’assoir dans un kayak. Ils feraient mieux de montrer comme c’est facile de rentrer dans un cockpit keyhole (long et large) et agréable de pagayer en toute sécurité.

Les Kayaks bon marchés, une plaie inévitable?

Dominique Bourçois de Plasmor a exactement le même discours de Richard de Point 65. « Les démonstrations d’esquimautage desservent la pratique populaire du kayak de mer ».
On peut les comprendre, si on dit au débutant qu’il est obligé d’apprendre cette technique pour naviguer, on décourage illico 80% des pratiquants potentiels.
Plasmor, comme Point 65 proposent des kayaks adaptés à la pratique débutante qui, outre la stabilité primaire ont de réelles qualités de vitesse et de confort en navigation, même engagée ou de longue durée.
Là ou Richard dans sa réponse évite la question, c’est qu’il répond « Kayak à 1500€ » là ou le kayak neuf à bas prix est trois fois moins cher.
Je comprend parfaitement qu’un débutant hésite à mettre plus de 500€ dans un sport qu’il ne connais pas. J’ai eu la même réticence, pensant au début acheter un Diveyack à ce prix là, après m’être documenté j’ai craqué pour un Ysak au double du prix de départ sans compter pagaie, gilet et compagnie. La décision de consacrer une somme pareille dans l’inconnu ou presque n’est pas facile à prendre.
Effectivement beaucoup d’acheteurs de péniches à bas prix sont vite lassés par leur embarcation. Mais si leur but et de faire de la randonnée, il n’est pas trop tard pour revendre et acheter un kayak plus conforme à ses envies et à sa pratique. En plus ça favorise un marché de l’occasion du kayak à bas prix, baissant de fait le prix minimum d’accession.

Kayak de mer, Matériel de kayak
6 Commentaires pour “Déclin du kayak d’eau vive, le kayak de mer est il le prochain?”
  1. JLuc dit :

    Tiens tiens il y a une discussion sur les différents types de kayak en rando en ce moment sur le forum…
    Ton article est le prolongement de cette discussion..

  2. Dominique dit :

    Le but premier d’un fabricant (et sa responsabilité première vis a vis de ses actionnaires) est de maximaliser ses profits et donc de vendre le plus de bateaux possible. S’il pense que le potentiel de croissance est dans les bateaux « pas cher », c’est ce qu’il fera (l’argument « bien public » n’est que de la poudre aux yeux – le but est de limiter les contraintes à la vente). Dans ces conditions, toute démonstration montrant qu’il y a un risque réel sur l’eau et qu’il y a un savoir-faire à acquérir n’est pas bienvenue… Mieux vaut montrer paysages idylliques et calmes plats pour attirer les badauds. Après la vente, ce n’est plus son problème. En fait, son attention est déjà sur la vente suivante.

    Le contre-argument de Richard est que l’intérêt des instructeurs est de montrer leur savoir-dfaire et que « c’est difficile » pour s’attirer des clients, clients soucieux d’apprendre et de limiter leurs risques. Vrai, mais dans ce cas le résultat va dans le sens d’une meilleure connaissance de la mer et de la pratique de leur bateau, et d’une réduction des risques pour tout le monde, participants et sauveteurs potentiels.

    Tout ce qui peut faire prendre conscience des risques est bienvenu si cela résulte en une pratique plus prudente, ou au moins plus consciente des risques réels. En consequence, que les démonstrations d’esquimautage continuent de plus belle ! De plus, il n’y a pas de moyen plus sûr pour s’en sortir quand on se retourne et ce n’est pas si difficile que ça à apprendre avec un bon instructeur… mais pas avec des kayaks a 500€, bien sûr.

  3. Et alors, quid du rôle des clubs dans l’essai et l’initiation ?
    C’est quand même un moyen simple et peu onéreux de tester le kayak de mer (ou tout autre sport) sans avoir à investir dans du matériel, et d’avoir des conseils sur les choix à faire en fonction de ses objectifs …

  4. Je ne suis pas franchement d’accord (euphémisme!) avec le commentaire de mon homonyme. Désolé d’y répondre tardivement, mais je découvre ce post, et ne peux le laisser sans réaction:
    Le but premier d’un fabricant de kayak n’est bien évidemment pas de faire le maximum de profit (ce qui n’aurait en soi rien de déshonorant), mais plutôt le plaisir de créer quelque chose, d’entreprendre, de faire partager sa vision. Si on veut bien lui prêter un minimum de bon sens et si son unique boussole dans la vie était vraiment le gout du lucre, il aurait depuis longtemps choisi un autre secteur plus profitable pour exercer sa coupable activité!
    C’est une vision d’un simplisme total -limite puéril- de penser que pour un constructeur, le client est un gogo que l’on cherche à gruger, et que toute parole n’est que poudre aux yeux.
    Bref…
    Pour l’eskimotage, nous pensons effectivement que c’est une grosse erreur de le mettre en avant pour plusieurs raisons:
    Ce n’est en aucun cas LA sécurité absolue que beaucoup croient. Il suffit pour s’en convaincre de voir les accidents des dernières années pour constater qu’ils concernent autant d’eskimoteurs que de non-eskimoteurs : pourquoi ?
    Ce qui est compliqué dans l’eskimotage, ce n’est pas tant la technique -que tout le monde peut apprendre plus ou moins rapidement en piscine- mais d’arriver à contrer son instinct primitif qui vous pousse à sortir du bateau quand son cerveau reptilien détecte un danger.
    Inutile de dire que ce cerveau reptilien réagit au quart de tour, et que vous risquez de vous retrouver hors de votre bateau avant que les couches supérieures de votre intellect ne se mettent en marche pour organiser la séquence de l’eskimotage !
    C’est le jour et la nuit entre eskimoter volontairement (en se disant « je vais eskimoter »), et eskimoter par reflexe, donc courcircuiter votre cerveau reptilien qui agit directement pour relâcher les muscles des jambes et ainsi vous faire sortir du bateau alors qu’il faudrait au contraire rester bien calé.
    L’entrainement consiste donc à se faire surprendre pour cultiver ce reflexe (cet anti-reflexe plutôt). En clair, cela veut dire passer votre temps dans les rouleaux à être surpris !
    Pourquoi pas, mais on peut penser qu’il y a d’autres façons plus agréables et intéressantes de profiter de la mer !
    (Pour les eskimos, c’était une nécessité car ils ne pouvaient pas sortir de leur bateau. Il semble toutefois que leur mortalité en mer était supérieure à 30% )
    La sécurité en mer, c’est d’abord pour nous l’humilité devant le milieu, ne pas penser que l’on maitrise tout. C’est adapter ses sorties à ses capacités. C’est s’obliger à ne sortir qu’avec tout son matériel de sécurité (pagaie secours, paddle float…), même si c’est une toute petite sortie, prévoir son itinéraire, prévoir une alternative si le temps change, etc…
    Savoir renoncer à une sortie si l’on a oublié, par exemple, sa pagaie de secours, alors qu’il fait beau et que la mer est plate, demande une rigueur mentale qui nous semble à la fois plus difficile à acquérir que l’eskimotage, et en même temps beaucoup plus efficace pour sa propre sécurité.
    La deuxième raison – commerciale celle la – pour ne pas mettre en avant l’eskimotage c’est -outre le fait qu’il n’est pas le moins du monde consubstantiel à l’activité-, qu’il fait peur à la majorité des gens qui y voient une technique inaccessible..
    Un encadrant fier de sa technique qui eskimote dans un port, c’est 500 personnes présentes qui ne monteront jamais plus dans un kayak !
    Or, nous souhaitons tous qu’il y ait plus de pratiquants –les constructeurs pour des raisons évidentes- les kayakistes pour que plus de matériel leur soit proposé et qu’ils puissent trouver un vivier d’équipiers.
    Pour faire envie, il faut montrer le plaisir d’abord : imaginons une annonce de promotion de la voiture qui ne montrerait que des dérapages et des têtes à queue. Serait ce de nature à encourager les gens à pratiquer cette activité, et le dérapage contrôlé est il une technique nécessaire pour utiliser une voiture ?
    En conclusion, merci à mon interlocuteur d’ouvrir sa réflexion, à la fois à des constructeurs qu’il pourra présumer pensants, ainsi qu’à des hérétiques non eskimoteurs !

  5. GilCatt dit :

    Il est certain que tenter d’esquimauter avec un Belouga de chez Plasmor, c’est du sport. Autant essayer de faire un looping avec un Airbus.

    Blague à part,ce n’est pas une critique: le Belouga illustre une autre philosophie du kayak de mer, où la sécurité est mise en avant pour un maximum de confort et de plaisir.

    En d’autres termes ce type de modèle vise une clientèle plus large, plus familiale que sportive.
    Jusque là tout va très bien.

    Le problème de Plasmor c’est le prix!
    Jusqu’à deux fois plus cher qu’un modèle de chez Prijon à performances équivalentes.
    Ne serait-ce pas un frein à l’adoption… ?

    Un modèle comme le Belouga me semblerait très adapté à une offre « démocratique ». Une version en plastique comme les Prijon, à 1000 euros, ferait un tabac.

    Pour info les Prijon, de conception allemande, sont dans les faits fabriqués en asie, où on peut les avoir en sortie d’usine à quelques centaines de dollars dollars l’unité et bien moins au prix de gros.

    (Allez faire un tour sur alibaba.com, le site de référence de l’industrie chinoise et asiatique, et tapez « kayak », vous serez surpris d’y retrouver des modèles connus, vendus jusqu’à 5 x plus cher en Europe, et ce ne sont pas des copies…)

    Alors, à quand un Belouga Plasmor pas cher qui ferait référence pour débuter?

  6. GilCatt dit :

    MàJ: J’ai dit une bêtise concernant la fabrication des Prijon – ils sont fabriqués en Europe.
    Mais l’info/coûts de fabrication reste valable.

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